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Affaires Calas, Seznec, Mis et Thiennot

8 décembre 2022 Conférence

Vivez une soirée citoyenne au Château de Voltaire en participant à une causerie judiciaire !

L'arrestation de Calas par Casimir Destrem (1879, musée du Vieux Toulouse) - © Didier Descouens

 

Avec Maître Gilles Antonowicz, avocat honoraire et historien ; Michel Pierre, historien et spécialiste d'histoire pénale.

 

« Calas, Seznec, Mis et Thiennot, quand la rumeur fabrique des coupables... ou des innocents »

 

Participez à une rencontre au cours de laquelle des avocats et historiens évoqueront des affaires judiciaires (affaires Calas et Sirven, affaire Seznec, affaire Mis et Thiennot) où la rumeur publique, et spécialement médiatique, a transformé des personnes condamnées par la justice en innocents.

Une situation bien connue à Ferney qui a vu la famille Calas venir implorer Voltaire d’œuvrer pour les réhabiliter, grâce à l’opinion publique.

 

Cette rencontre donnera l’occasion à Michel Pierre, historien, de présenter ses conclusions sur l’affaire Seznec et à Me Gilles Antonowicz d’évoquer l’affaire Mis et Thiennot. Tous deux sont auteurs d’ouvrages remarquables consacrés à ces affaires, tentant de faire la lumière des faits au milieu des récits créés par la rumeur.

 

La rencontre sera animée par Maître Marc Buffard.

 

L'affaire Calas

13 octobre 1761 : Jean Calas, protestant toulousain, découvre son fils aîné mort par pendaison. Il tente de masquer ce suicide pour préserver l’honneur du défunt et de sa famille. La rumeur publique enfle : elle l’accuse d’avoir assassiné son fils, sur le point de se convertir au catholicisme. Jean Calas est arrêté.

Le 9 mars 1762, Jean Calas est condamné à mort par le Parlement de Toulouse après un procès à charge, sans preuve ni aveu. Il lui inflige donc la « question ordinaire et extraordinaire » dans l’espoir d’entendre la reconnaissance du crime, sous la torture. Malgré son silence, l’homme est supplicié et exécuté le 10 mars.

Voltaire se convainc de l’innocence de Jean Calas et perçoit l'ampleur du tragique fait divers. Il s’engage passionnément, contre-enquête et envoie des centaines de lettres dans toute l’Europe. En 1763, il publie son célèbre Traité sur la tolérance où il dénonce le fanatisme et plaide pour la tolérance entre les religions.

Voltaire se réjouit ici de la réhabilitation de Jean Calas prononcée le 9 mars 1765. Il s’agit avant tout d’un succès personnel pour la postérité. Lors de son entrée au Panthéon en 1791, son lit funéraire porte l’inscription : « […] vengea Calas, La Barre, Sirven et Monbailli. Poète, philosophe, historien, il a fait prendre un grand essor à l'esprit humain, et nous a préparés à être libres. »

 

L'affaire Seznec

25 mai 1923 : Pierre Quéméneur, négociant en bois et conseiller général du Finistère, et son ami Guillaume Seznec, possesseur d’une scierie à Morlaix, font voyage vers Paris pour y négocier une Cadillac provenant des stocks laissés par l’US Army après 1918. Trois jours plus tard, Seznec rentre seul en Bretagne et nul ne revit jamais son compagnon de voyage.

L’enquête sur cette disparition le fait passer de témoin à suspect puis de suspect à accusé. À l’automne 1924, la cour d’assises de Quimper le condamne aux travaux forcés à perpétuité. Un ensemble de présomptions avérées et concordantes le désigne coupable d’avoir tué Pierre Quéméneur.

Personne ne peut imaginer que va bientôt débuter la chronique séculaire d’une folie médiatique tendant à persuader l’opinion publique de l’innocence du condamné.

Tout en rappelant les méandres de cette longue enquête, l’auteur étudie le difficile dialogue entre une justice attachée aux faits et aux preuves et une opinion publique qui, elle, préfère les fables romanesques. Cet essai d’histoire globale mêle un récit policier, un roman familial, l’analyse d’une fabrique de mensonges, une construction identitaire bretonne, une réflexion politique et la description d’une passion française croisant justice, crime et médias.

« L’Impossible innocence – Histoire de l’affaire Seznec », Michel Pierre.

L'affaire Thiennot 

31 décembre 1946 : le corps d’un garde-chasse criblé de plombs est découvert gisant dans un étang de la Brenne. Trois cours d’assises condamnent pour ce meurtre deux braconniers, Raymond Mis et Gabriel Thiennot. Au soir du troisième verdict, rendu à Bordeaux en 1950, l’affaire semble close et Maurice Garçon, l’avocat de la partie civile, pense pouvoir archiver son dossier.

Trente ans plus tard, plusieurs livres fondés sur des approximations, des hypothèses fantaisistes et des ragots proclament urbi et orbi l’innocence des condamnés. Les médias s’en emparent. Présentant avec complaisance ces hypothèses et ces rumeurs comme l’expression de la vérité, leur jugement est sans appel : Mis et Thiennot ont été victimes d’une erreur judiciaire ! La justice est sommée de présenter ses excuses. Malgré les pressions, la Cour de révision des condamnations pénales sait préserver son indépendance : six requêtes en révision des procès, déposées entre 1983 et 2015, sont rejetées. Pour combien de temps ? Fort du soutien d’une opinion manipulée, une septième requête est annoncée.

Comment cela est-il possible ? Comment un « tribunal populaire » fondant ses certitudes sur une ignorance absolue d’un dossier peut-il ainsi prétendre effacer une vérité judiciaire née de débats loyaux et contradictoires ? À l’heure où la Justice déserte les prétoires pour être rendue sur internet et les « réseaux sociaux », l’affaire Mis et Thiennot incarne les dérives et les dangers qui la menacent.

« La Fabrique des innocents, L’Affaire Mis & Thiennot, histoire d'une manipulation médiatique », Gilles Antonowicz, Isabelle Marin.

Informations pratiques : 

Lieu : Orangerie du château de Voltaire

Date : Jeudi 8 décembre 2022

Horaire : 19h

Tarif : Entrée libre

Réservation conseillée au 04 50 40 53 21 ou chateau-de-voltaire@monuments-nationaux.fr 

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