Parcs des Lumières, Voltaire en ses terres

En 2020, l'exposition Parcs des Lumières, Voltaire en ses terres s'est intéressée à la thématique des jardins au XVIIIe siècle, des outils de jardinage au pèlerinage littéraire dans les demeures provinciales des grands penseurs du siècle des Lumières.

Le château de Ferney vu du côté du jardin (détail), Michel-Vincent Brandouin - 1786
© Reproduction Benjamin Gavaudo / Centre des monuments nationaux

 

« Parcs des Lumières, Voltaire en ses terres » s’intéresse de près à la thématique des jardins chère au philosophe. Au cours de ses nombreux voyages, Voltaire a en effet découvert des jardins anglais, des parcs royaux et princiers.

À Ferney, terme de sa pérégrination, il créa un jardin d’homme éclairé et mit dans la bouche de Candide le célèbre « il faut cultiver notre jardin ».

 

Exposition produite par le Centre des monuments nationaux en partenariat avec les Associations voltairiennes de Ferney-Voltaire.

Commissariat :

Andrew Brown, Jean-Louis Janin Daviet et Gabriel Wick.

Scénographie : Jean-Louis Janin Daviet.

Graphisme : Andrew Brown.
 

Prêteurs publics et privés :

Bibliothèque du Musée des Arts Décoratifs de Paris ; Bibliothèque municipale de Semur-en-Auxois ; Collections du Château de Bussy-Rabutin ; Lieu d’art La Porcherie ; Bibliothèque muncipale de Dijon ; Archives Départementales de la Côte- d’Or ; Conseil départemental de Haute-Savoie ; Espace muséal de l'hôtel Abbatial de Lunéville ; Collections du Château de Voltaire ; Collections particulières.

 

Découvrez l'exposition "Parcs des Lumières, Voltaire en ses terres" en six épisodes !

  • Épisode 1 : Les outils anciens
  • Épisode 2 : Les tapisseries
  • Épisode 3 : Les costumes
  • Épisode 4 : Les arts du feu (porcelaine et faïence)
  • Épisode 5 : Les châteaux de Stanislas
  • Épisode 6 : Les oeuvres contemporaines de l'artiste Rémi Tamain

 

Portrait d'aristocrate en jardinière. École française, début de l'époque Louis XVI, vers 1775 - Huile sur toile. Collection GSLR Antiques / Benoît Geisler 

 

Épisode 1 - Les outils anciens

Saviez-vous que certains outils sont connus depuis la Préhistoire ?

Le XVIIe siècle et sa passion pour l'horticulture permet l'essor d'outils spécialisés, alors que l'industrialisation des outils de jardin date du début du XVIIIe siècle.
 

Article "jardinage" dans l'Encyclopédie ou Dictionnaire raisonné des Sciences, des Arts et des Métiers,
par une société de gens de lettres. Tome 1.
 
 

L'"arousour" apparaît en France en 1365.

Ils sont tout d'abord en cuivre, de forme ronde. Puis en zinc, en fer ou en tôle galvanisée. La forme devient ovale. Les modèles se multiplient et se différencient en fonction de leur emploi et de la région.
 

 

La force, vieille de 2500 ans est toujours utilisée pour la tonte des moutons ! Au fil des siècles, les forces sont utilisées pour la coupe de tissus, draps, papiers, cuirs et le jardinier les utilise pour la taille des bordudes de gazon ou pour réaliser l'art topiaire.

Le principe reste inchangé : une pression de la main oblige les lames à se croiser (une seule pièce composée d'une lame courbe faisant ressort).
 

Vitrine présentant notamment trois paires de force (en bas à gauche de la photo)
 
 

Le sécateur est un outil inventé par le marquis de Molleville vers 1807. Il est d'abord un outil contesté à cause des meurtrissures qu'il laisse sur les plantes. Son ergonomie et ses lames s'améliorent. Il connait alors son plein essor suite à la Première Guerre mondiale. Il est construit sans ressort, et fonctionne avec deux lames opposées ou un balancier.

Dans les années 1920, la petite serpe (taille de la vigne et coupe des grappes) et la serpette sont supplantées par le sécateur.
 

 

La faucille est déjà connue, sous une forme primitive (lames de silex sans manche), au Moyen-Orient il y a 10 000 ans ! La faucille métallique apparait vers 1500 ans avant J.-C. 
Symbole de la paysannerie, son évolution est constante. A partir du XVIe siècle, la faux remplace la faucille.
 

Le râteau, largement utilisés sous Louis XIV, a d'abord des dents en bois, remplacées par le fer grâce au travail du forgeron.

Le râteau n'a pas moins de 27 appellations différentes d'après le "Dictionnaire des outils" de Daniel Boucard !

Le râteau a trois fonctions principales : déterrer, aplanir et ramasser.
 

L'homme utilise le miel depuis la fin du Paléolithique (entre 10 000 et 12 000 ans).

Des ruches de 3000 ans fabriquées notamment avec de la paille sont découvertes en 2007 dans les ruines de Rehov (nord de l'Israël). La ruche-tronc apparait au Moyen Âge puis laisse la place aux ruches en paille tressée ou chaume.
 

 

Le cueille-fruit apparait vers 1750, appelé "pommette". En forme de vase ou petit panier, aux bords crénelés permettant de saisir le fruit et le séparer de la branche, fabriqués en bois, fil de fer épais, tôle et sont munis d'un sac de toile fixé au bout de la perche.
 

 
 

La bonbonne, "dame-jeanne" ou "tourie" est une grosse bouteille en verre (parfois en grès), protégée par de la paille et installée dans un panier d'osier tressé appelé "clissage" et correspondant à la taille de la bouteille.

Elle permet de transporter et conserver de l'alcool (vin et eau de vie).

Sa contenance peut varier de 5 à 50 litres, mais sont couramment de 25 litres.

Elle apparaît en France au début du XVe siècle, de forme ronde, ovale ou longiligne.
 

 
 

Le terme "brouette" apparaît en France au XIVe siècle, du diminutif de "beroue" provenant du mot latin "birota" signifiant "véhicule à deux roues".

La première représentation illustrée date du VIIIe siècle mais son utilisation ne se serait répandue qu'au XVe siècle.

La brouette (figure de droite) dans l'Encyclopédie ou Dictionnaire raisonné des Sciences, des Arts
et des Métiers par une société de gens de lettres. Tome huitième - planches.
 

Le plantoir permet de creuser un trou pour y déposer le jeune plant.

Au XVIe siècle, une partie en fer ou cuivre vient renforcer le manche (branche, corne ou os) et sa pointe durcie à la flamme.

Les modèles sont nombreux et régionaux. Le forgeron peut faire preuve d'originalité dans sa forme qui lui confère un statut d'oeuvre d'art !
 

Le cordeau est indispensable au jardinier ! Composé de deux piquets (bois ou fer) reliés par une cordelette en chaume tressée, d'une longueur de 10 à 40 mètres, il permet, en étant tendu, d'aligner les rangées de plants, les rayons pour semer les graines et de bien organiser les bordures et allées.
 

 

Le déplantoir/transplantoir, aussi appelé truelle réalisé par le forgeron du village, permet de retirer les plants des pots afin de les transplanter dans un massif de fleurs.

La serfouette, connue depuis l'Antiquité permet un labourage léger. Considérée comme outil indispensable au jardinier par Olivier de Serres (agronome français) dans son "Théâtre d'agriculture et mesnage des champs" (1600).
La serfouette, "serfouer", "serfouir", c'est-à-dire "creuser tout autour".

La bêche permet de labourer et ainsi remuer le sol dans lequel ont été semées les graines, pour aérer et faire en sorte qu'elles poussent mieux ! Avec sa forme de béquille à bas élargie, elle émiette la terre.

La petite houe permet de désherber les massifs ou les potagers.

Le panier accompagne toutes les sorties au marché, au champ ou à la ville, permettant de transporter toutes sortes de provisions. Il est multiple selon la région, les produits qu'il transporte et le matérieau dont il est fabriqué (osier, jonc ou châtaignier).

La charmotte est un panier installé autour du cou, servant à la cueillette des fruits tels pommes, poires, cerises. Sa faible ouverture au dessus empêche la perte de la récole en cas de chute.
 

 

Épisode 2 - Les tapisseries

Connaissez-vous la tapisserie d'Aubusson ? 

"Le gardien de chèvres". Tapisserie d'Aubusson polychrome en laine et soie du XVIIIe siècle, 
époque Louis XV, dans sa bordure en tapisserie d'origine. Elle représente un gardien de chèvres et
ses animaux évoluant dans un parc de château orné d'un grand vase medicis et de rosiers. 
Collection GSLR Antiques / Benôit Geisler 

 

Située dans le département de la Creuse (région Nouvelle-Aquitaine), la ville d'Aubusson donne son nom à la célèbre tapisserie, savoir-faire français ancien de six siècles, inscrit en 2009 par l'UNESCO sur la Liste représentative du "Patrimoine culturel immatériel de l'humanité".

À travers les siècles

Quand on parle des tapisseries d'Aubusson, il s'agit plus particulièrement des tapisseries créées à Aubusson et Felletin, dans l'ancienne province de la Marche. Les ateliers de tissage aubussonnais et felletinois créent des tentures de grandes tailles pour orner les murs, mais aussi des tapis et pièces de mobilier.

En 1665, la Manufacture Royale d'Aubusson est créée.

Au XVIIIe siècle, les sujets de la tapisserie d'Aubusson se font plus légers par rapport au siècle précédent et ses scènes héroïques : paysages champêtres, pittoresques, la vie paysanne, jeux d'enfants. On cherche à plaire et à émouvoir.
 

"Jeux dans le parc". Tapisserie d'Aubusson polychrome en laine et soie du XVIIIe siècle, époque
Louis XVI, dans sa belle bordure d'origine à décor de rubans et feuilles d'acanthe. 
Elle représente deux jeunes garçons tirant à l'arc et faisant de la corde à sauter, sur fond de château. 
Collection GSLR Antiques / Benoît Geisler 

Métiers et techniques

Parmi les créateurs de tapisseries, François Boucher (1703-1770), artiste décoratif le plus célèbre du XVIIIe siècle, peintre de la cour de Louis XV et favori de la marquise de Pompadour, dont les peintures servent de modèles aux peintre-cartonniers.

La création d'une tapisserie convoque un ensemble de métiers et de savoir-faire, de la production de la laine aux lavage des toisons puis au filage, de la teinture aux ateliers de tissage.

La tapisserie d'Aubusson consiste à tisser une image préparée sur un carton par un peintre-cartonnier. Le tissage s'effectue manuellement par un lissier effectuant ses gestes sur un métier à tisser placé à l'horizontale, sur l'envers de la tapisserie. Les laines utilisées sont teintées artisanalement sur place.
 

Épisode 3 - Les costumes

Les codes d'habillement instaurés par le Roi Soleil se poursuivent au XVIIIe siècle en France. Ainsi, costume féminin et masculin se composent de trois pièces :

> Pour les femmes : manteau de robe, pièce d'estomac, jupon.

Manteau de robe à l'anglaise en taffetas jaune serin, manches en pagodes garnies de crans, porté
sur un jupon de satin bleu ciel quilté en damier et pièce d'estomac en soie blanche ornée de ruches,
de dentelle blonde, et de frivolités de soie. Vers 1750.
Collection particulière Elise Barat

 

> Pour les hommes : veste d'habit, gilet, culotte.

Veste d'habit de gentilhomme en velours de soie miniature.
Habit à col officier en velours épinglé vert mousse, fond satin rose. Boutons couverts en pareil
sur le devant, les poches et les basques plissées ; fausses boutonnières brodées en cordonnet soie crème.
Doublure en twill de soie ivoire. Vers 1770-1775. 
Veste accompagnée d'un gilet à basques, brodé au pointlancé polychrome de riches motifs floraux. 
Vers 1770-1775
Collection particulière Elise Barat
 

Toutefois, le XVIIIe siècle apporte beaucoup d'ingéniosité à l'ensemble : les ornements et accessoires deviennent amovibles et peuvent ainsi convenir à plusieurs toilettes. Passementeries, rubans, dentelles, épinglés ou à peine battis.

Boutons détachables, boucles de chaussures amovibles, pièces d'estomac et manchettes interchangeables. De quoi s'amuser en composant à l'envi !

Il s'agit d'une véritable architecture du vêtement.
 

Gilet de cour à basques en taffetas de soie ivoire, brodé de cannetille et de paillettes d'argent,
ainsi que de cabochons de cristal taillé formant de riches motifs végétaux et floraux, boutons ornés
en pareil. Devant du gilet garni d'un semis de minuscules paillettes posées en diagonales. Vers 1770-1775.
Casaquin ou corps souple à bretelles, en brocart argent. Gros de Tours bleu ciel broché soie et fil d'argent, 
motif d'oeillets et d'autres fleurs de tons pâles. Basques découpées, pourtours soulignés d'un biais de soie rose. 
Vers 1750.
Collection particulière Elise Barat

 

Marie-Antoinette et sa faiseuse de modes, l'illustre Rose Bertin lancent une nouvelle mode au début des années 1780 : Marie-Antoinette porte des robes en mousseline blanche, légères et diaphanes, bientôt appelées "robes à la Bergère" ou "robes-chemises". Aussitôt cette mode lancée qu'elle fait scandale. Elle ne s'étendra guère et la France ne garda pas de témoignages de ces toilettes de détente... C'est seulement sous l'Empire que les robes en fine mousseline blanche auront le succès escompté : Marie-Antoinette a montré la voie à l'impératrice Joséphine !

 

  

Robe Empire en mousseline des Indes brodée blanc sur blanc au point de Beauvais, décolleté en
pointe à revers bordés de dentelle de Valenciennes, jockeys aux épaules ornés de même. 
Manches longues pourvues d'ouvertures aux poignées, permettant d'y glisser les mains pour plus 
de praticité. Vers 1810-1811
Collection particulière Elise Barat

 

Épisode 4 - Les arts du feu

Théière à la rose. Porcelaine sans marque attribuée à Niderviller - 1775 
 

Les arts du feu se définissent comme les activités artisanales ou artistiques qui travaillent une matière minérale avec la chaleur : la céramique, la métallurgie, l'émaillage et le travail du verre.

Limoges est considérée comme la "capitale des arts du feu" grâce à sa tradition du travail de l'émail, les vitraux ou encore la porcelaine.

Commençons par quelques définitions !

Ensemble de tasses sans anse et soucoupes en porcelaine de la Manufacture de Nidervillier 
Porcelaine blanche à décors de scènes pastorales en camaïeu de pourpre (rouge de Cassius)
XVIIIe siècle
 

Faïence et porcelaine sont toutes deux des céramiques : objets fabriqués à partir d'argile cuite.

La faïence est une céramique à pâte poreuse (de même que la poterie en terre cuite) alors que la porcelaine est fabriquée avec une pâte imperméable :

  • La porcelaine, d'origine chinoise est très blanche et translucide. Malgré sa finesse, elle est d'une grande solidité.
  • La faïence est quant à elle poreuse, opaque et très fragile. On retrouve la faïence en vaisselle ou carreau de crédence. Pour la rendre étanche, son émaillage est indispensable.

 
La Faïencerie de Lunéville

Burette d'huilier, faïence, décor de fleurs des Indes manganèse - Lunéville vers 1750
 

En 1730 est créée la faïencerie de Lunéville :

> En 1711, à Champigneulles en Lorraine, Jacques Chambrette père, maitre-faïencier, lança pour le compte de Fontenoy, une première faïencerie.

> En 1722, grâce à Jacques Chambrette fils, qui se rapproche de Lunéville, de la Cour et d'une clientèle potentielle, s'ouvre la manufacture. En effet celui-ci s'y établit en tant que marchand de faïence, posant les bases de ce qui deviendra bientôt la faïencerie de Lunéville.

> En 1731, il obtient, du duc François III et de la duchesse Elisabeth-Charlotte d'Orléans, des lettres patentes. La première lui octroie le droit de puiser ses ressources où il le souhaite. La seconde l'exempt d'impôts et de charges.

À la table de Louis XV

Sous Louis XV les assiettes changent de forme.

À partir de 1730, les bords en accolades sont préférés. Les plats sont mijotés sur des potagers, les assiettes à dessert apparaissent, les surtouts imposants sont remplacés par les pots à oille (marmites rondes) et les terrines (marmites ovales) pour servir les ragoûts. De nombreux accessoires ornent les tables : saucières, pots à jus, sucriers, salières, huiliers-vinaigriers, sucriers, moutardiers, beurriers,..

Déco de table !

En 1750, la manufacture de Vincennes lance la mode des petites statuettes en biscuit de porcelaine pour orner les tables. La mode sera suivie à Lunéville grâce à Paul-Louis Cyfflé qui fournit des modèles à Lunéville et à Saint-Clément avant de fonder sa propre manufacture en 1768.

Techniques de cuisson et couleurs

On différencie la faïence de petit feu de celle de grand feu ainsi que la faïence fine :

> Les faïences de grand feu sont cuites à haute température, empêchant l'utilisation de certaines couleurs telles le rouge, le rose et l'or. On retrouve alors le bleu de cobalt (largement utilisé), le violet de manganèse, le vert de cuivre et le jaune d'antimoine (jaune de Naples).
 

Pot à oille décoré de fleurs des Indes de grand feu. Faïence, Lunéville, vers 1750
 

> Les faïences de petit feu sont réalisées à plus basse température, permettant l'utilisation de certaines couleurs sans risque de brûler à des températures plus élevées : rose, or, vert pâle.

Cette technique apparait à Strasbourg dès 1749 et se généralise ailleurs.

> La faïence fine, d'origine anglaise, cherche à se rapprocher le plus possible de la porcelaine. C'est une céramique à pâte très fine non émaillée. Après cuisson, elle est recouverte d'un vernis plombifère transparent.

En France, elle est fabriquée dès 1743 dans la Manufacture de Pont-aux-Choux (Paris).
 

La faïence, utile et jolie 

Plusieurs décors habillent les services :

> Les rinceaux bleus

De la fin du XVIIe siècle jusque dans les années 1720, le décor le plus courant est celui de galons ou de lambrequins réalisés en bleu cobalt.
 

Saucière au décor de guirlandes fleuries au bleu cobalt. 
Faïence, marque d'un peintre de Charles-François Hannong à Strasbourg entre 1720 et 1740 
 

> "Les décors de Chine et des Indes"

À partir de 1725 se développent les décors au chinois directement inspirés des décors des céramiques orientales. La mode du bleu a fait son temps, les camaïeux sont dorénavant réalisés en manganèse. La manière de préparer la couleur donne des teintes variant du violacé au brun.
 

> Les décors dits "réverbères" aux roses, tulipes et oeillets

Invention de la décoration sur émail cuit. Le four "à réverbère" permet de cuire à basse température (moins de 800°C) ces nouveaux motifs "aux cinq fleurs" réalistes et tout en finesse composés de la tulipe, l'oeillet, l'églantine, la jacinthe et une rose en bouton, isolées ou en bouquet.
 

 

> Le décor aux barbeaux

Le barbeau est un des nom du bleuet, fleur des champs mais surtout fleur fétiche de Marie-Antoinette. La manufacture de Sèvres réalise un service complet pour elle.

Bien que décriée comme étant une fleur trop humble, le bleuet est repris par toutes les faïenceries françaises.
 

Beurrier aux barbeaux. Faïence de Nidervillier - Fin XVIIIe siècle

> Le décor "réverbère" au chinois

Avec le nouveau mode de peinture sur émail cuit (décor de réverbère), une nouvelle manière de peindre les décors au chinois apparaît à Strasbourg et se diffusera rapidement dans toutes les faïenceries de l'Est de la France. Les dessins sont désormais repris des livres de gravures de Jean Pillement, ornemaniste réputé pour ses "chinoiseries" qui ornent de nombreux salons de châteaux européens.

Des personnages de fantaisie posés sur des terrasses végétalisées s'adonnant à de multiples activités sont peints en polychromie ou en camaïeu.
 

Épisode 5 - Les châteaux de Stanislas

Vue du château de Chanteheux du côté ville. Huile sur toile, attribuée à André Joly , encadrée d'époque - Milieu du XVIIIe siècle. Collection particulière

 

Stanislas Leszczynski (1677-1766), roi de Pologne, duc de Lorraine et de Bar, exilé dans son château de Lunéville, est une tête couronnée connue parmi les relations de Voltaire.

Stanislas n'est autre que le père de Marie Leszczynska mariée à Louis XV en 1725 !

Le roi et duc accueille l'élite intellectuelle européenne, dont font partis Voltaire et Madame du Châtelet. Le philosophe apprécie la liberté et la tolérance qui se dégagent de Lunéville.

À Lunéville, le Grand Cabinet terminait l'enfilade de l'appartement privé et ouvrait par deux fenêtres sur le jardin des Bosquets. Cette pièce devait être très familière au roi de Pologne puisqu'il y avait fait placer, en plus d'un nombreux mobilier, une quantité impressionnante de tableaux, parmi lesquels, son inventaire mentionne une série de treize petits tableaux représentant les vues des maisons du roi à laquelle appartiennent les toiles exposées
 

Vue du château de Jolivet du côté des jardins. Huile sur toile, attribuée à André Joly , encadrée d'époque - Milieu du XVIIIe siècle. Collection particulière

 

Episode 6 - Les oeuvres contemporaines de l'artiste Rémi Tamain

Artiste s'amusant des échos référentiels de l'histoire de l'art et des oeuvres promues au rand d'icône et reconnaissables par tous, la thématique des jardins et plus largement la nature occupent une grande place dans son travail. 

"Pauvre Alice..." de Rémi Tamain, 2003/2004

 

Cette oeuvre fait écho aux aventures d'Alice au pays des merveilles (1865) de l'écrivain et mathématicien anglais Lewis Caroll. S'y retrouve la notion de changement d'échelle par le contraste entre la taille définie de l'objet et l'infini du décor de jardin.

 

 

 

En référence à l'idée d'André Le Nôtre d'un Dieu concepteur de la nature et de l'homme qui la maîtrise, les perspectives sont différentes selon que l'on regarde d'un côté ou de l'autre : la largeur offre une vision contrainte en entonnoir alors que la longueur n'impose aucune limite à l'oeil.

"La citadelle de Pan" par Rémi Tamain, 2018

 

L'oeuvre représente le labyrinthe du château de Bussy-Rabutin en Bourgogne. Elle a été réalisée dans une pièce de hêtre, âgé d'environ 280 ans, provenant d'un arbre tombé dans le parc du château.

Clin d'oeil à Maurits Cornelis Escher, artiste néerlandais (1898-1972) connu pour ses gravures sur bois, manières noires (procédé de gravure) et lithographies de constructions impossibles, explorations de l'infini et combinaisons de motifs souvent inspirées des mathématiques, le labyrinthe est travaillé comme une citadelle au milieu de son rocher.
 

En résumé 

 

Comme nous l'avons exploré au travers de cette exposition, le XVIIIe siècle est un siècle de progrès scientique lié à une volonté de rassembler toutes les connaissances dans une même oeuvre : l'Encyclopédie ou Dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers, éditée de 1751 à 1772 sous la direction de Diderot et d'Alembert.

Il s'agit de la première encylopédie française (17 volumes de texte et 11 volumes de planches), conçue comme un vaste système de classement, de hiérarchisation et d'appréhension des connaissances humaines.
 

Mais le XVIIIe siècle est aussi celui du raffinement, avec le développement de la vaisselle de faïence, considérée comme plus hygiénique et des éléments de décoration de tables,

la mode empruntant à l'art des jardins et inversement : « parterre de broderie » sur les étoffes, « parterre en broderie » du jardin à la française,

les tapisseries qui cherchent à décorer et non plus seulement à réchauffer les pièces.
 

L'innocente Curieuse se piquant aux épines de la rose dont l'éclat et l'odeur lui plaisent, et
désirant pouvoir leur comparer les peines et les douceurs de la tendresse : elle est en robe à
l'Anglaise bordée de tigre et coëffée d'un chapeau au Globe sur un demi bonnet.
Ensemble de quatre gravures de mode dessinées par François Watteau et Pierre-Thomas Le Clerc.

 

Portrait de Louise-Marie-Adélaïde de Bourbon-Penthièvre assise sur un banc bleu, en robe de soie
blanche à brandebourgs or, petit bonnet à la turque, elle présente une pomme à son singe.
Miniature sur ivoire signée "Pinxit Le Feure", vers 1763.
Cadre en argent de l'époque bordé de 119 diamants taillés en rose. Dans son coffret d'époque,
en peau de roussette verte, doublée de velours framboise.
Collection particulière
 

Bonus

En voiture, Monsieur de Voltaire !

 

Le XVIIIe siècle est aussi le siècle où apparaît le terme de "pèlerinage littéraire", et devient une mode.

Un culte de la célébrité se développe autour des écrivains, des philosophes, des acteurs et des actrices. Les visiteurs veulent entrer dans leur intimité, et se sentent au plus près d'eux, notamment au travers de leurs écrits, utilisant un ton laissant penser à un lien quasiment familial entre le lecteur et l'écrivain.

Le développement des infrastructures et notamment l'amélioration du réseau routier couplé à la construction de carrosses plus confortables, pour une partie de la population plus aisée, ont permis aux longs voyages d'être plus confortables. C'est aussi l'essor de guides de voyage spécialisés, encourageant de tels voyages.

 

Selon l'Encyclopédie :

"La Berline est une espèce de voiture de la nature des carrosses, fort en usage depuis peu, et tirant son nom de la ville de Berlin en Allemagne [...] La berline est une allure très-commode en voyage ; elle est plus légère qu'un char, et moins sujette à verser. Le corps en est élevé sur des flèches, et suspendu par des bandes de cuir."
 
 

La Berline à entrelacs, Jean-François Chopard (dessinateur). Gravure
Bibliothèque des Arts décoratifs, collection Maciet
 

Pour les plus riches, la berline spacieuse permettait un confort sans précédent en voyage. Le compartiment réservé aux passagers était suspendu à des sangles en cuir, afin d'atténuer l'effet du mauvais état des routes.

 

La Diligence à l'anglaise, Jean-François Chopard (dessinateur). Gravure
Bibliothèque des Arts décoratifs, collection Maciet
 

Cette illustration de la diligence à l'anglaise (un modèle caractérisé par une grande fenêtre avant, permettant aux passagers de contempler le paysage) montre l'immense degré de sophistication atteint dans la fabrication de voitures à partir des années 1750.

Bien plus légère que la berline, le compartiment d'une diligence comme celle-ci pouvait souvent être retiré de son soubassement afin d'être transporté sur des cols de montagne à l'aide de poteaux, à l'image d'une chaise sedan (chaise à porteurs), ou sur des bateaux.

MenuFermer le menu