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Voltaire chez lui

Dans le cadre de sa saison culturelle annuelle, le château de Voltaire programme une exposition de saison thématique autour de Voltaire et du siècle des Lumières.

En 2019, l'exposition Voltaire chez lui s'est intéressée aux différentes demeures du philosophe. Mais, a-t-il jamais vécu vraiment chez lui ?

Né à Paris — ou peut-être à Châtenay — voyageur impénitent, Voltaire a connu de nombreuses adresses avant de se fixer à Ferney : les maisons parentales, dont une au pied de la Sainte-Chapelle ; les nombreux châteaux de ses amis et connaissances (volontairement ou en exil) : la Bastille (involontairement), Caen, La Haye, Sully, Villars, Richelieu, La Source, Cambrai, Bruxelles, Rouen, Maisons, Londres, le légendaire château de Cirey, Amsterdam, Leyde, Rémusberg, Berlin, Versailles, Fontainebleau, Lunéville, Commercy, Potsdam, Bayreuth, Gotha, Leipzig (involontairement de nouveau), Schwetzingen (ville aujourd'hui jumelée avec Lunéville), Colmar, Lyon, Prangins, Genève, Lausanne, Ferney et enfin Paris pour quelques mois ; sous terre à Sellières pour quelques années, et puis au Panthéonad aeternam.

Sous le titre générique Voltaire chez lui, l'exposition permet d'identifier, quand elles existent encore, les traces des lieux où vécut le philosophe, et nous pose sans cesse cette question :

Voltaire a-t-il jamais vécu vraiment chez lui ?

> Pas à Cirey, puisqu'il s'agit du château des Du Châtelet.

> Pas à Paris ensuite où il réside de nouveau dans une propriété des Du Châtelet.

> Il n'est pas chez lui non plus en s'installant pour trois ans dans le palais d'été de Frédéric II ni ailleurs en terre allemande.

> Il a du être locataire quelques temps à Colmar.

> À Genève, il logeait chez les Tronchin, propriétaires des Délices.

> Finalement à Ferney, c’est sa nièce, propriétaire légal du domaine, qui a bien voulu prêter un toit à son oncle.
   

Paris et Châtenay 1694-1722

Voltaire se réfugie au château de Sully-sur-Loire (Loiret, Centre-Val de Loire), demeure de
Maximilien de Béthune, duc de Sully suite à la parution de vers à l'encontre du Régent en mai 1716. 

Ses jeunes années 

François-Marie Arouet est officiellement né à Paris le 21 novembre 1694 et est baptisé le lendemain à l'église Saint-André-des-Arts.

Voltaire, d'après lui, est né le 20 février 1694.

Une légende veut que Voltaire soit né à Châtenay et que la naissance, inattendue, ait eu lieu dans une boutique devant laquelle passait sa mère au moment critique. 

La maison est toujours là, aujourd'hui place Voltaire à Châtenay-Malabry (Hauts-de-Seine) ; sa toiture est ornée d'une niche où trône son buste. 

En 1701, François-Marie Arouet perd sa mère.

De 1701 à 1721, la famille réside près de la vieille cour du Palais, près de la Sainte-Chapelle. Le père, notaire, devient ensuite receveur des épices à la Chambre des comptes. 

Une maison de campagne est achetée à Châtenay en 1707 (démolie vers 1850).

En 1704, François-Marie entre au collège de jésuites Louis-le-Grand ; il y restera sept ans.

Son père décède en 1722.

Premiers écrits, premiers soucis

François-Marie Arouet écrit très tôt de nombreuses épîtres et odes aux grands et moins grands de ce monde, mais aussi Cosi Sancta en 1715, La Henriade en 1716. 

Des vers satiriques contre le Régent Philippe d'Orléans lui vaudront de multiples procédures d'éloignement et un premier séjour à la Bastille en 1717-1718

4 mai 1776 :

"Son altesse royale a bien voulu accorder au père qu'au lieu de la ville de Tulle son fils soit exilé dans celle de Sully-sur-Loire, où il a quelques parents dont les instructions et les exemples pourront corriger son imprudence et tempérer sa vivacité."

Naissance d'un pseudonyme

Après son premier séjour à la Bastille, il abandonne le patronyme paternel et prend le pseudonyme de Voltaire. C'est sous ce nom qu'il publie Oedipe en 1718, sa première tragédie qui obtient un immense succès.

En 1723, Voltaire loge chez Mme de Bernières, sa maîtresse du moment, dans la maison même de la rue de Beaune où il décèdera cinquante-cinq ans plus tard.

C'est l'année où il publie La Henriade, poème épique en quatre mille trois cents alexandrins. Cette épopée évoquant le siège de Paris par Henri IV trace le portrait d'un souverain idéal ennemi du fanatisme ; elle connaîtra soixante rééditions successives du vivant de son auteur.

S'ensuit son exil en Angleterre. Cet éloignement forcé survient après son deuxième séjour à la Bastille, qui suit la bastonnade infligée par les valets de Rohan-Chabot le 6 février 1726. Cet enfermement vise à couper court à l'intention du poète de venger son honneur et par là même à protéger son bourreau.
   

Londres 1726-1728

Voltaire accoste en Angleterre en mai 1726, à trente-deux ans. 

Pensant rester en exil pour un long moment, il apprend l'anglais auprès d'un maître d'école quaker (communauté religieuse sans clergé ni rite) et s'amuse à correspondre en anglais.

Le philosophe est profondément marqué par l'esprit de liberté de la société anglaise et l'avance économique du pays en comparaison avec l'archaïsme des institutions françaises. Il fait la connaissance d'écrivains, de scientifiques, de philosophes qui l'influenceront dans ses écrits.

C'est là qu'il commence à rédiger en anglais ce qui deviendra ses Lettres philosophiques.

Il rédige aussi l'Histoire de Charles XII roi de Suède (publication en 1731).

Dès son retour en 1728, il s'active à faire fructifier ses économies pour ne pas rester dans la condition de pauvreté de la plupart des hommes de lettres de son temps. Il parvient très habilement à ses fins : en investissant de l'argent dans la loterie d'Etat alors mise en place par le ministère des Finances pour renflouer les caisses. Aidé du mathématicien La Condamine, il empoche légalement beaucoup d'argent en profitant d'une malfaçon dans la conception du jeu.

Voltaire fait sa rentrée littéraire à Paris avec sa pièce Brutus, sans succès.

Il commence à écrire La Pucelle (1730) et publie Zaïre en 1732, qui reste deux siècles au programme de la Comédie-Française

Il s'attaque au Siècle de Louis XIV et Alzire en 1733, ainsi qu'au Traité de métaphysique.

Il publie les Lettres philosophiques en 1734, ce qui l'amène à fuir en Champagne après la condamnation de l'ouvrage.
  

Le château de Cirey 1734-1749

Le château de Cirey, chez les Du Châtelet
 

En arrivant à Cirey en mai 1734 pour parer aux poursuites qui ont suivi la publication des Lettres philosophiques, Voltaire a trouvé un château délabré qu'il se met à agrandir et à rendre habitable. Il y ajoute pour lui-même une aile à gauche, sous terrasse, les Du Châtelet occupant celle de droite.

Son séjour est entrecoupé de divers voyages à Paris, Lunéville, Amsterdam, Bruxelles, Berlin, Lille, La Haye, Leyde, Moyland, Aix-la-Chapelle, Fontainebleau, Sceaux...

Il publie Eléments de la philosophie de Newton et Le Mondain (1736), Mérope (1737), Micromégas (1738), Mahomet (1739), Sémiramis (1746), Zadig (1747) et Oreste (1749). 

La mort d'Emilie Du Châtelet le 10 septembre 1749 à Lunéville le laissera dans un grand désarroi.
 

Sans-Souci 1750-1753

Le Palais d'été de Sans-Souci à Potsdam, chez Frédéric II de Prusse
 

La mort d'Emilie Du Châtelet a désarçonné Voltaire. Après avoir passé quelques mois seul avec sa nièce à Paris, il cède aux invitations pressantes de Frédéric II à venir s'installer en Prusse. Il arrive à Potsdam en juillet 1750. Nommé chambellan du roi, il réside en principe à la cour, mais il a connu d'autres adresses à différents moments. 

C'est à Berlin qu'il termine et fait publier à ses frais, Le Siècle de Louis XIV. Il y rédige des articles qui paraîtront dix ans plus tard dans son Dictionnaire philosophique portatif. Il composera aussi la Diatribe du docteur Akakia, une attaque cinglante contre Maupertuis, président de l'Académie des sciences de Berlin, texte qui mit fin aux relations déjà dégradées entre Voltaire et Frédéric.

En quittant la Prusse en 1753, Voltaire est arrêté à Francfort pendant cinq semaines par des sbires du roi de Prusse, Mme Denis, qui l'y a rejoint, est séquestrée avec lui, l'affaire est connue de toute l'Europe.

Finalement libéré, le couple prend la route de Mayence, Mannheim, Schwetzingen, Colmar, Senones, Plombières, Dijon, Lyon pour arriver enfin, le 12 décembre 1754, aux portes de Genève.
   

Les Délices 1755-1765

 

Après s'être brouillé avec le roi Frédéric II de Prusse, Voltaire doit trouver une nouvelle résidence.

Attiré par la région de Genève, réputée pour ses éditeurs et son esprit de tolérance, il séjourne d'abord à Prangins et à Lausanne dans le canton de Vaud, puis en 1755 dans une propriété des Tronchin à Genève qu'il rebaptise Les Délices.

Il dépeint cette ville comme la patrie de la liberté. Mais la beauté des lieux sera bientôt assombrie par la dureté des calvinistes, souvent hostiles à Voltaire et à ses activités théâtrales.
Il prend finalement ses distances avec Genève, en conservant toutefois Les Délices jusqu'en 1765. 

Durant ses années genevoises, il publie entre autres : Poème sur le désastre de Lisbonne (1755), Histoire de l'Empire de Russie et Candide (1759).

Voltaire avait envisagé peut-être de s'installer à Lausanne ou dans le Pays de Vaud avant d'acheter Ferney mais en fin de compte ses séjours à Lausanne furent occasionnels, lui permettant d'échapper aux rigueurs du climat de Genève et à celles des plus obtus de ses théologiens.

Il trouva à Lausanne, a-t-il dit, "bien de l'esprit, bien de la philosophie, et point de superstition."  
   

Paris, Sellières, Panthéon 1778-1791

 

Voltaire meurt à Paris le 30 mai 1778 chez le marquis de Villette, rue de Beaune.

Harcelé par les prêtres qui voyaient dans son repentir un trophée sans pareil, il avait refusé d'abjurer son absence de foi chrétienne. Son cadavre fut donc sorti clandestinement de Paris, habillé et assis, pour éviter le sort ignoble réservé aux dépouilles des mécréants (la fosse commune).

Son neveu et fidèle soutien, l'abbé Vincent Mignot, accompagna le corps jusqu'à son abbaye de Sellières (Aube) où Voltaire fut enterré le 2 juin.

Treize ans plus tard, l'abbaye de Sellières étant mise en vente comme bien national, l'Assemblée constituante décide le 8 mai 1791 de faire transférer les restes de Voltaire au Panthéon. Ce temple national avait été inauguré le 5 avril précédent avec l'entrée de la dépouille de Mirabeau.

La cérémonie de panthéonisation, les 10 et 11 juillet 1791, fut grandiose, quoique quelque peu modifiée suite à l'impair de Louis XVI à Varennes le mois précédent.

 

 

Présentée par le Centre des monuments nationaux en partenariat avec le Centre international d'étude du XVIIIe siècle de Ferney-Voltaire, avec le soutien de la Ville de Ferney-Voltaire, l'exposition, transportée au sein de l'espace muséal de l'hôtel abbatial de Lunéville avec le soutien de la Ville de Lunéville, est alors complétée de très nombreux objets historiques du temps de Voltaire : livres, vêtements, peintures, gravures, sculptures, meubles et porcelaines...

 

Réalisation : Jean-Louis Janin-Daviet, chargé de Conservation de l'Hôtel Abbatial de Lunéville

Et pour la première fois, les pierres tombales de Voltaire et d'Emilie du Châtelet ne sont séparées que de quelques mètres.
La pierre de Sellières a rejoint à Lunéville celle d'Emilie posée au coeur de l'église Saint Jacques depuis 1749. 

Voltaire chez lui au château de Voltaire

Présentation de la pierre tombale de Voltaire
 
 
La pierre est restée au même endroit au château de Sellières (ancienne abbaye) près de Romilly-sur-Seine jusqu'au milieu du XXe siècle. 

Elle est simplement ornée d'un "A" et d'un "V" pour Arouet, pour Voltaire et de l'année de sa mort. 
 

Visite de l'exposition lors des Journées européennes du patrimoine 
 

Les "maisons" de Voltaire, maquettes de terre cuite créées par l'artiste céramiste Angeles Rodriguez : 
La Bastille
> Le château de Cirey-sur-Blaise
La Maison de Colmar
> Les Délices
Le château de Ferney
> Le Panthéon

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